Résultats de l’enquête : Les professionnels de l’UX face au confinement

Fin avril, nous avons lancé un sondage afin de comprendre comment les professionnels de l’UX s’adaptent au confinement, les challenges qu’ils rencontrent, etc. Voici les résultats de cette enquête, menée du 27 avril au 11 mai 2020, auprès de 76 professionnels de l’UX.

Infographie : Synthèse des résultats de l'enquête les métiers de l'UX face au confinement
Infographie : Synthèse des résultats de l’enquête les métiers de l’UX face au confinement

UX et confinement : les résultats détaillés de l’enquête

76 professionnels de l’UX ont participé à cette enquête, dont principalement des UX designers et des UX/UI designers.

Données socio-démographiques des participants
Données socio-démographiques des participants

L’organisation du travail

Nous nous sommes intéressés d’abord à l’organisation du travail pour les professionnels de l’UX. Bonne nouvelle : la majorité d’entre eux (78%) ont pu continuer les projets en cours durant le confinement. Toutefois, 32% des répondants disent avoir eu moins de travail qu’avant le confinement, contre 43% qui ont gardé leur quantité de travail habituelle.

Si la nature des tâches (ex. recherche utilisateur, maquettage…) des salariés n’a pas trop changé en entreprise durant le confinement, celle des indépendants a été un plus impactée.

Graphique concernant le travail et les tâches durant le confinement
Graphiques concernant le travail et les tâches durant le confinement

66% des sondés ont constaté que certaines interventions UX prévues ont été abandonnées sur certains projets. Les craintes budgétaires de certaines entreprises en cette période compliquée peut en partie expliquer ce changement de cap.

Graphique de l'abandon des interventions UX prévues
Graphique de l’abandon des interventions UX prévues

Un peu plus de la moitié des sondés (54%) ont rencontré des freins pour travailler et ce principalement pour trois raisons :

  • Un accès difficile ou impossible aux utilisateurs
  • Des clients absents ou indisponibles
  • Un environnement de travail peu adapté à la maison
Graphiques sur les freins pour travailler pendant le confinement
Graphiques sur les freins pour travailler pendant le confinement

Les outils de travail à distance

Le confinement a modifié notre façon de travailler : à distance plutôt qu’en présentiel. 67% des sondés ont essayé de nouveaux outils pendant le confinement, notamment pour communiquer et collaborer (tableaux virtuels, ateliers à distance, outils d’idéation…). Parmi les nouvellement testés, ont été le plus souvent cités :

  • Zoom (27 occurrences)
  • Miro (19)
  • Mural (10)
  • Teams (8)
  • Trello (5)
  • Discord (4)
Graphique des nouveaux outils utilisés
Graphique des nouveaux outils utilisés

Collaboration et entraide en UX

Nous nous sommes penchés ensuite sur la question du partage et de l’entraide professionnelle durant le confinement. 32% des sondés ont cherché plus de ressources (articles, informations, mode d’emploi…) pendant cette période, tandis que 55% n’ont pas changé leurs habitudes. La majorité ont jugé ces ressources assez faciles à trouver.

Graphiques sur la recherche de ressources (informations, articles...)
Graphiques sur la recherche de ressources (informations, articles…)

Si pour 55% des sondés la collaboration entre collègues se fait aussi facilement qu’avant le confinement, 33% ont trouvé qu’il était moins facile de collaborer pendant le confinement. De même, 21% ont jugé moins facile le fait de trouver de l’aide et des conseils en UX (ex. en posant une question à un collègue), tandis que 58% ont trouvé cela aussi facile qu’avant le confinement.

Graphiques sur la collaboration et l'entraide
Graphiques sur la collaboration et l’entraide

Une occasion de pratiquer d’autres activités

Le confinement, s’il présente des inconvénients, peut également être l’occasion de réaliser des activités qu’on n’avait pas la possibilité de réaliser en temps normal. Seuls 16% des participants n’ont pas profité du confinement pour réaliser des activités en lien avec leur métier. Parmi les activités qu’ils ont mis en place, nos sondés citent principalement :

  • Participer à des webinar (conférence en ligne) (53%)
  • Lire des livres ou des articles sur l’UX (42%)
  • Réaliser un projet personnel (41%)
Graphique sur les activités pratiquées durant le confinement
Graphique sur les activités pratiquées durant le confinement

Pour d’autres, le confinement est l’occasion de « réfléchir à mon organisation au travail, et comment l’améliorer », ou encore de « redécouvrir des activités non liées à l’UX ».

Quel impact du confinement sur l’UX ?

Nous nous sommes demandés quel serait l’impact du confinement et de cette crise sur l’UX. Il s’avère que 57% des sondés pensent que l’UX aura autant de considération au sein des entreprises qu’avant le confinement.

Graphique sur la considération de l'UX après le confinement
Graphique sur la considération de l’UX après le confinement

En revanche, 33% pensent que le confinement peut changer le métier d’UX tel que pratiqué jusqu’à présent. 21% pensent aqu’il n’aura aucune incidence. 42% des sondés ne se prononcent pas sur la question, ce qui est compréhensible en ces temps incertains.

Graphique sur les conséquences du confinement pour le métier d'UX
Graphique sur les conséquences du confinement pour le métier d’UX

Les outils à distance, l’impact majeur sur le métier

Comment le confinement pourrait-il changer le métier d’UX ? 14 de nos participants nous parlent spontanément des outils à distance, que ce soit pour faire des activités (tests utilisateurs, ateliers) ou pour les formations.

« Aujourd’hui nous avons des moyens efficaces de mener des ateliers et des réunions productives à distance. Cependant, les facilitations qui sont possibles en présentiels deviennent moins évidentes à distance. »

Certains voient même la pratique à distance comme un moyen de réduire les coûts, donc de favoriser l’adoption de l’UX. Cependant, d’autres soulignent l’importance de ne pas tout faire à distance, de continuer à faire du présentiel.

« Il ne faudrait pas que, sous prétexte que l’on ait pu travailler à distance sans rencontrer les utilisateurs pendant le temps du confinement, on s’imagine que les interventions UX peuvent se passer désormais globalement à distance et que les rencontres physiques ne sont finalement pas si nécessaires. »

Se pose alors la question de la pertinence du choix présentiel / distance : quand faut-il privilégier une activité à distance et quand privilégier une activité en présentiel.

« Il faudra apprendre à évaluer aussi les avantages et les inconvénients des activités à distance, quand elles sont pertinentes ou non. »

Certains soulignent également le manque d’outils, notamment pour recruter à distance.

« Malheureusement il manque des outils pour recruter au-delà de l’entourage et des personnes qui voudraient bien répondre par complaisance. »

Enfin, certains sondés pensent que le confinement va impacter négativement l’UX sur les projets.

« L’UX risque de passer au second plan, du moins les phases chronophages (analyse de l’activité, tests utilisateurs…) dont le ROI est moins visible que les phases de maquettages. »

Le confinement et l’UX : Entre craintes et espoirs

Pour finir ce sondage, nous avons voulu connaître les espoirs et craintes des professionnels de l’UX en lien avec la pratique de l’UX et le confinement. Si 46% des sondés n’ont pas de craintes sur l’avenir de leur activité en UX, il est à noter que 32% en ont.

Graphique sur les craintes sur l'avenir de l'activité en UX
Graphique sur les craintes sur l’avenir de l’activité en UX

Quand on interroge les professionnels de l’UX sur leurs espoirs et craintes, 36 personnes citent des choses négatives, 17 des choses positives, et 13 des choses neutres.

Des retours négatifs…

Les retours négatifs que nous avons principalement reçus :

  • Il y aura moins de moyens, de budget pour l’UX (14 occurrences)
  • L’UX sera une préoccupation secondaire dans les projets (8)
  • Il y aura un manque de clients (potentiels) (5)
  • Il y aura une baisse de qualité de l’UX (ex. moins d’UX Research) (4)
  • Il y a une crainte d’une perte d’emploi (3)
  • Le recherche d’emploi sera plus difficile (3)

Sans surprise, la baisse des moyens alloués à l’UX est un sujet de préoccupation, certains secteurs étant grandement impactés par la crise du Covid. Une personne notamment craint « que le budget design de mon projet passe à la trappe à la rentrée. Je suis la seule designer sur le projet ».

Une autre personne parle de « craintes financières pour moi du fait de la fragilité financière des clients potentiels : les entreprises auront d’autres priorités (celles de survivre et de pouvoir payer les salariés à la fin du mois) que de penser à améliorer les outils. »

Une autre craint « que les sociétés se concentrent sur les phases avec un ROI apparemment meilleur (maquettage…) avec un engouement pour les designers « graphistes » et que ces sociétés au contraire se détournent des phases chronophages (analyse activité, tests U…) et des ergonomes qui ont les compétences pour les réaliser. »

L’emploi en lui-même est également un sujet de préoccupation : « Je crains que l’UX soit un métier moins prioritaire pour les entreprises et que s’ils ont le choix de supprimer des postes, les postes en UX ne soient pas conservés. »

Enfin, un professionnel junior s’inquiète du « gel de ma montée en compétence. Etant Junior, je profite de mes pairs pour apprendre (quelques soit leurs responsabilités : UI, UX Designers, Lead, CRO Team, Marketing…). A distance, ce n’est pas aussi efficace. »

… nuancés par des retours positifs

Les retours positifs concernent principalement :

  • Une plus grande reconnaissance de l’UX (au sein des projets, entreprises, clients…) (5)
  • Le télétravail (5)
  • L’UX comme moteur de dynamisme (2)
  • Cette crise va permettre de remettre une certaine éthique au sein de nos modes de vies (consommation, projet, etc…) (2)

Certains sondés pensent même que l’UX est une solution pour sortir de la crise.

« Pour se différencier et redevenir concurrentielles dans un second temps, les entreprises vont faire massivement appel aux UX designer pour relancer de nouveaux produits. »

En revanche, certains pensent que les entreprises vont moins faire appel à des prestataires, mais plutôt former pour faire appel aux compétences en interne.

La pratique du télétravail, découverte pour certains à l’occasion du confinement, a été assez bien vécue. Certes les collègues et le bureau peuvent manquer, mais travailler à son domicile présente des avantages non négligeables que certains souhaiteraient pouvoir conserver après le confinement : gain de temps indéniable (moins de temps de trajet domicile-travail), possibilité de se concentrer davantage sur ses tâches (moins de sollicitations extérieures)… Ce confinement a été l’occasion d’une « meilleure prise de conscience des chefs d’entreprise sur le sérieux et l’autonomie de leurs ressources UX » en télétravail. Pour rappel, le gouvernement encourage la pratique du télétravail jusqu’à cet été au moins.

Certains professionnels de l’UX soulignent l’engouement qu’il y a eu durant cette période pour les webinars et les ateliers à distance où l’intelligence collective a été mise en pratique.

« J’espère que cette effervescence autour des webinars et ateliers à distance UX va continuer après le confinement. Les échanges sont multiples, riches, et c’est très intéressant surtout lorsque l’on est junior ! »

Une réflexion plus globale

Enfin, le confinement a été pour certains l’opportunité d’une réflexion sur soi, ses habitudes, ses envies, tant au niveau pro que perso.

« Selon moi, cette situation d’urgence pousse les individus à revoir les « Vrais » priorités, de repenser au « sens » (perso/pro). Cela oblige aussi les entreprises à accélérer le changement. L’UX est une affaire de sens, d’adaptation à l’humain d’interface, de service, j’ai espoir que l’on redonne la priorité à l’humain, et par extension aux démarches UX. Nous verrons bien :) »

Et si, à l’instar du design centré utilisateur, le confinement était l’occasion de « redonner la priorité à l’humain » ?

Le mot de la fin

Un grand merci à tous les participants de notre enquête qui ont accepté de partager leur vécu professionnel durant le confinement. Nous l’avons vu, la pratique du métier à distance est une préoccupation majeure, et elle apporte son lot d’espérance autant que d’incertitude. Pour vous aider dans vos pratiques au quotidien, nous vous recommandons la lecture de ces 34 techniques pour faire de la recherche de terrain pendant (et après) la pandémie (cliquer sur la ressource PDF en bas de l’article).

Nous espérons que cette initiative vous a plu. Si vous souhaitez continuer à échanger autour de cette étude, n’hésitez pas à partager cet article sur les réseaux sociaux !